Les différentes inégalités Hommes Femmes

2.2. LES INEGALITES DANS LE TRAVAIL ET DANS L'ACCES AUX RESPONSABILITES

 

          Au-delà de la sphère du symbolique et des représentations sociales, la domination sur les femmes s'exerce aussi dans le domaine du pouvoir économique et du pouvoir politique.

          Différents éléments, pour la plupart issus de la statistique publique, nous permettent de montrer qu'après des décénies de lutte et de revendications, les femmes n'ont pas encore obtenu l'égalité dans ces domaines :

  • Leurs salaires sont inférieurs à ceux des hommes
  • Les types d'emploi qu'elles occupent ne sont pas les mêmes : elles accèdent notamment plus difficilement que les hommes aux postes à responsabilité, dans l'entreprise comme dans la fonction publique
  • Les femmes accèdent beaucoup moins que les hommes aux responsabilités politiques

 

Inégalités dans les revenus

          Les données publiées par l’INSEE donnent des indications précises sur les écarts de revenus entre hommes et femmes. Il apparaît tout d’abord que, en moyenne, les revenus des femmes sont inférieurs de 26,7 % à ceux des hommes (ce qui revient à dire, si l’on prend comme référent non le salaire de l’homme mais celui de la femme, que le revenu moyen des hommes est supérieur de 37 % à celui des femmes).

          Bien entendu, ces chiffres cachent des écarts liés à des situations qui ne sont pas toujours comparables : le niveau de formation, le temps de travail, le type de poste occupé, l’expérience… ne sont en moyenne pas les mêmes chez les hommes et chez les femmes (ce qui est une autre forme d’inégalité : par exemple, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à subir le temps partiel. 75 % des salariés à temps partiel sont des femmes). Ainsi, si l’on écarte ces différents biais pour analyser des situations exactement comparables, l’écart diminue… Mais il demeure : même dans ce cas, les revenus des femmes sont inférieurs de près de 10 % à ceux des hommes, comme le montre le tableau suivant :

Inégalités de salaires entre hommes et femmes

 

Les femmes gagnent ...
de moins que les hommes

Ecart tous temps de travail confondus

26,7 %

(dont effet du temps partiel)

(7,5 %)

Ecart pour des temps complets

19,2 %

(dont effet des heures supplémentaires et primes)

(5,8 %)

Ecart des salaires horaires

13,4 %

(dont effets de structure (*))

(3,7 %)

Ecart toutes choses égales par ailleurs

9,7 %

 

 

Source : Insee-Dares, ministère du travail. Années des données : 2006, salariés des entreprises de 10 salariés ou plus du secteur concurrentiel

(*) Les facteurs explicatifs des écarts de salaires utilisés sont le niveau de diplôme, l'expérience professionnelle, la catégorie socioprofessionnelle, le type de contrat de travail, le temps partiel, le secteur d’activité et la taille de l’entreprise. Lecture : les salaires des femmes sont en moyenne inférieurs de 26,7 % à ceux des hommes. Si l'on ne tient compte que des temps complets, en retirant l'effet du temps partiel (7,5 %), l'écart est de 19,2 %.

 

          Les inégalités des salaires entre hommes et femmes varient aussi selon la nature des emplois occupés, comme on peut le constater dans le tableau ci-dessous. On pourra alors observer que l’écart est le plus faible pour les catégories « employés » (ou travaillent majoritairement les femmes) et le plus élevé pour les cadres (professions où les salaires sont les plus élevés) :

Salaires mensuels nets pour les postes à temps complet selon le sexe et la catégorie sociale

 

Hommes en €

Femmes en €

Ensemble en €

Ecart hommes/femmes en %

Ensemble

2 219

1 795

2 069

23,6

Cadres supérieurs et chefs d'entreprise salariés

4 375

3 347

4 083

30,7

Professions intermédiaires

2 180

1 908

2 068

14,2

Employés

1 491

1 405

1 432

6,1

Ouvriers

1 561

1 288

1 523

21,2

 Source : Insee. Année des données : 2008, Salariés du secteur privé et semi-public

 

  

Inégalités dans l'accès aux responsabilités dans l'entreprise

          Alors que l’écart entre hommes et femmes s’est considérablement réduit en matière de formation et de diplôme, les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes à exercer des responsabilités. Il suffit pour s’en convaincre de considérer, comme dans le tableau ci-dessous, la proportion des entreprises françaises dirigées par des femmes : tous secteurs et tous types d’entreprises confondus, ce chiffre est de 17 %.

          Par ailleurs, comme l’indique un rapport sur l'égalité professionnelle remis au Ministre du travail en juillet 2009 par Brigitte Grésy (inspectrice générale des affaires sociales), les conseils d'administration du CAC 40 comptaient seulement 10,5% de femmes en 2009. Lorsque l'on prend en compte les 500 premières sociétés françaises, la part des femmes tombe à 8%: 60% de ces entreprises sont dirigées par un conseil d'administration exclusivement masculin.

      Part de femmes dirigeantes selon la taille de l'entreprise et le secteur d'activité

Source : Insee. Année des données : 2008

 

Secteur d'activité

 

 

 

Industrie

 

 

13,1

 

 

Commerce

 

 

21,2

 

 

Services

 

 

20,3

 

 

Taille de l'entreprise

 

 

 

moins de 10 salariés

 

 

18,9

 

 

de 10 à 249 salariés

 

 

15,1

 

 

250 salariés et plus

 

 

8,6

 

 

Total

 

 

17,2

 

 

         

           Ce phénomène, habituellement décrit par l'expression "plafond de verre", n'est malheureusement pas l'apanage du secteur privé. Même dans la fonction publique, dont les femmes représentent 62% des effectifs, 15% seulement des postes de direction sont exercés par des femmes (chiffre 2005, source Insee).

          Cette sous-représentation, tant dans le secteur privé que dans la fonction publique, n’est pourtant pas le reflet d’un moindre accès des femmes aux formations supérieures qui donnent potentiellement accès aux postes à responsabilité. Alors que les filles représentent 57 % des élèves inscrits à l’université en 2009-2010 (contre 42,8 % en 1960-61, selon le Ministère de l’Education Nationale), le tableau ci-dessous montre en effet, sauf dans le cas particulier de l’Ecole Polytechnique, la part des femmes dans les formations supérieures est sans commune mesure avec les chiffres cités précédemment :

Proportion de filles dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles

 

 

Effectif total

 

Part de filles en %

 

Classes prépa (CPGE)

 

78 072

 

43

 

- scientifiques

 

48 361

 

30

 

- économiques

 

18 323

 

55

 

- littéraires

 

11 388

 

75

 

Grandes écoles

 

 

 

Ecoles d'ingénieurs

 

104 218

 

27

 

Ecoles de commerce

 

87 666

 

48

 

Normale sup (ENS)

 

3 680

 

39

 

ENA (promotion 2008)

 

81

 

40

 

Polytechnique (2008)

 

399

 

14

 

 

 Source : Ministère de l'Education Nationale, Ena, Ecole polytechnique - Année scolaire 2007-2008

  

Inégalités dans l'accès aux responsabilités politiques

          Si les femmes sont maintenues à l’écart du pouvoir économique, elles le sont également dans l’accès aux responsabilités politiques.

          Les femmes restent encore très minoritaires parmi les élus (ce qui n’est pas forcément le cas dans de nombreux pays occidentaux). La loi sur la parité a certes permis l’accès à davantage de femmes dans les conseils municipaux (47,5 % des conseillers dans les communes de plus de 3 500 habitants en 2001) et régionaux (pour ces derniers 27,5 % de femmes élues en 1998, 47,6 % en 2004).

          Mais, comme le montre le graphique suivant, le déséquilibre entre hommes et femmes reste très grand si l’on considère les fonctions de responsabilité, qu’elles soient locales ou nationales :

 

 

Source : Le monde.fr , 24 Janvier 2008



http://videos.tf1.fr/jt-20h/la-vie-chargee-des-femmes-6303787.html

 

 

2.3. LA SOUMISSION N'ENTRAINE PAS FORCEMENT LA VIOLENCE ... MAIS ELLE Y CONTRIBUE



          Si l’on ne peut pas affirmer que la violence conjugale appliquée aux femmes relève directement de l’image de ces dernières dans la société, on ne peut ignorer l’existence d’un lien entre ces représentations de la femme et la violence dont elles sont victimes.

          En effet, comme nous l’avons dit plus haut, la publicité est non seulement porteuse d’un message qu’elle diffuse à toute la société et donc l’influence, mais qu’elle est également une illustration des codes et des rôles de chacun dans cette société. Or elle transmet une certaine image de la femme, qui passe de la ménagère soumise et bécasse des années 50 à l’objet sexuel mis à la disposition des hommes de nos jours.

          D’autre part, on constate que la domination masculine représentée dans la publicité n’est pas seulement une représentation : au niveau économique et politique, la femme est fortement sous-représentée.

          Nous avons vu dans la partie I. et dans l’introduction que la violence conjugale n’est pas seulement physique. Elle peut s’exprimer par d’autres moyens : par des violences sexuelles, mais aussi par des pressions psychologiques ou économiques.

          Or, la société nous présente la femme comme soumise, tant au niveau domestique (tâches ménagères) que sexuel (femmes utilisées pour attirer la clientèle masculine ; femmes en position de dominées) ; on peut alors imaginer que c’est cette image d’ « objet » qui inspire aux hommes violents l’idée qu’ils « ont le droit » de frapper leur femme ou d’abuser d’elle.

          D’autre part, en plus de justifier pour l’agresseur ses actes de violence, l’image dégradée de la femme dans la société peut, pour la victime, rendre difficile la prise de conscience de la gravité et di caractère inacceptable de sa situation, et l’encourager à garder le silence : en effet, on peut penser que l’image de domination masculine transmise dans la société n’a pas été seulement intégrée par l’agresseur, mais aussi par sa victime, qui considérera ces violences comme excusables, voire justifiées, en tout cas tolérables.

          De plus, les inégalités entre hommes et femmes ne sont pas seulement symboliques : en effet, d’un point de vue économique, les femmes sont encore traitées en inférieures aux hommes (voir inégalités de salaire). Ces inégalités peuvent générer des pressions économiques (utilisation abusive des biens du partenaire, interdiction de disposer de ses biens…) mais surtout créer une situation de dépendance financière qui rend difficile, pour la victime, la dénonciation de la violence dont elle fait l’objet. En effet, si elle est dépendante économiquement de son agresseur, la séparation devient difficile car elle entraîne des problèmes matériels : comment se trouver et financer un nouveau logement, comment subsister avec de faibles moyens et parfois des enfants à charge, etc.

Aussi la violence conjugale est-elle, au moins en partie, encouragée par ces inégalités entre hommes et femmes, dans la représentation mais aussi dans la pratique.

 

En résumé :



          Nous avons émis deux hypothèses concernant les causes de la violence conjugale.

          D’une part, nous avons pensé que peut-être la violence dans la société influait sur le développement de la violence conjugale : les chiffres que nous avons recueillis montrent en effet un accroissement des faits de violences aux personnes au cours des 10 dernières années. On peut donc affirmer que la société française est de plus en plus violente, et faire l’hypothèse que cette violence rejaillit sur l’intimité du couple et donc les femmes.

          D’autre part, nous nous sommes intéressées à l’image de la femme dans la société, en faisant l’hypothèse que celle-ci pouvait avoir un lien, au moins indirect, avec les violences que s’autorisent certains hommes. Nous avons démontré que, malgré une apparence de progrès, l’image de la femme continue d’être effectivement dégradée, au travers de nombreuses représentations de femmes placées sous la domination masculine ; et que cette domination se traduisait également « dans la vie de tous les jours » (au niveau économique et politique). Ces représentations ne peuvent bien entendu pas être considérées comme des causes directes de la violence, qui restent d’abord déterminées par les caractéristiques psychologiques des agresseurs et de leur victime, ainsi que certains facteurs sociaux (le chômage, l’inactivité, l’alcoolisme, le manque d’éducation,…).

          Elles constituent toutefois un contexte qui ne peut être totalement neutre et qui, associé à l’accroissement général de la violence, explique en partie les évolutions analysées dans notre première partie.

 

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