De quelle(s) violence(s) parle-t-on ?

          L'émancipation des femmes, les acquis qu'elles ont obtenus les protègent-elles davantage de la violence conjugale ?Les évolutions d'une société de plus en plus égalitaire ont-elles conduit à faire diminuer des comportements qui semblent aujourd'hui d'un autre temps ?

          C'est pour tenter de répondre à ces différentes intérrogations que nous aborderont dans cette partie la question des faits et des chiffres qui les mesurent : qu'est-ce au juste que la violence conjugale ? Quelles sont les formes de cette violence ? Combien y a-t-il aujourd'hui de victimes et combien y en avait-il hier ? Les choses ont-elles changée et si oui dans quel sens ?

 

          Plusieurs définitions sont proposées sur les sites Internet des nombreuses associations qui travaillent sur ce sujet (cf. bibliographie). Nous avons choisi de retenir celle donnée par le Professeur Henrion, qui rédigea en 2001 un rapport sur ce thème pour le compte du Ministère de la Santé :

          « La violence au sein du couple est un processus évolutif au cours duquel un partenaire exerce, dans le cadre d’une relation privilégiée, une domination qui s’exprime par des agressions physiques, psychiques ou sexuelles. Elles se distinguent des conflits de couple en difficulté. »

          Cette définition rappelle quelques points essentiels : c’est une violence qui s’exerce dans un cadre privé et le plus souvent fermé aux regards extérieurs (celui de la famille, du couple), qui peut prendre plusieurs formes (physique bien sûr, mais aussi sexuelle et psychologique), et qui traduit un rapport de domination de l’un des partenaires sur l’autre (au sein d’un même couple, c’est une violence généralement unilatérale, qui n’est pas réciproque comme peut l’être un échange verbal dans une dispute).

          Dans la plupart des cas, les victimes de ces violences sont des femmes, et les agresseurs sont des hommes. C’est pourquoi beaucoup de ceux qui parlent des ces violences ou qui les dénoncent évoquent implicitement les violences conjugales faites aux femmes. D’ailleurs, le combat contre ce phénomène est le plus souvent porté par des associations affiliées au courant féministe. Nous avons-nous-même choisi de retenir le principe général de violences conjugales faites aux femmes.

          Il faut cependant noter que ce choix implicite peut parfois faire débat, au motif que la violence exercée sur les hommes existe également, comme le montrent certaines enquêtes de victimation (nous reviendrons plus loin sur ces enquêtes et leurs méthodes). C’est ainsi que l’on trouve par exemple sur l’article que consacre Wikipedia aux violences conjugales un long paragraphe sur les « violences conjugales faites aux hommes », évoquant la thèse de Suzanne Steinmetz, sociologue américaine qui créa en 1977 le concept de « mari battu » et qui, dans une étude de 1980 (Behind Closed Doors - Violence in The American Family), s’associa à d’autres chercheurs pour affirmer, enquête de victimation à l’appui, que les femmes commettraient la moitié des violences physiques domestiques. Toute la difficulté est de réussir à obtenir sur ce point comme sur bien d’autres une information objective. Les chiffres les plus variés circulent, alors que les enquêtes sérieuses et les données officielles ne sont pas si nombreuses, et sont souvent relayés et utilisés par des mouvements qui trouvent là de quoi justifier des thèses parfois fantaisistes (par exemple l’association « La cause des hommes », qui cherche à lutter contre la « misandrie » pour rétablir l’honneur des hommes). S’il n’est pas au cœur de notre sujet, nous ne minimisons pas pour autant ce phénomène particulier, et nous l’évoquerons à nouveau dans notre sous-partie consacrée aux statistiques et en particulier à celles données par les dernières enquêtes de victimation disponibles.

 

1.1. LA VIOLENCE CONJUGALE DANS L'HISTOIRE

 

          La violence au sein d’un couple est un phénomène qui a toujours existé. Cependant, il n’est considéré comme un problème réel que depuis la fin du XXe siècle (notamment depuis l’apparition des premiers mouvements féministes, vers 1970). C’est pourquoi il est pratiquement impossible de savoir dans quelle mesure les phénomènes que l’on mesure aujourd’hui correspondent à une hausse ou une baisse par rapport à ce qui se pratiquait ne serait-ce que 40 ou 50 ans plus tôt dans notre histoire.

          En effet, l’homme a longtemps été considéré comme supérieur à la femme, même – et surtout – dans la loi : le principe d’égalité entre hommes et femmes n’est posé dans la Constitution qu’en 1946, et il faut attendre 1970 pour qu’au sein de la famille l’autorité des deux membres du couple soit prise en compte, et plus seulement l’autorité du « Chef de famille » - l’autorité paternelle. (Source : Wikipedia, Histoire des femmes). En 1804, le Code Civil français déclare la femme incapable juridiquement ; elle est sous l’autorité de son père, puis de son mari : elle est donc considérée comme mineure toute sa vie.

          La violence conjugale a certes toujours existé dans les faits, mais sa dénonciation (et donc son existence aux yeux de la société) est un phénomène récent, l’homme ayant jusqu’au milieu du XXe siècle autorité sur la femme – la violence conjugale envers les femmes étant donc considérée comme normale, voire justifiée dans la plupart des cas, en tout cas relevant du cadre privé.

 

                       Quelques dates clés de l’histoire des femmes

1791 - La loi laïcise le mariage qui devient un contrat entre les époux.

1792 - Le divorce est institué par la loi qui reconnaît par ailleurs l'égalité des époux, et le divorce par consentement mutuel.

1804 - le Code civil français déclare la femme incapable juridiquement ; elle est sous l'autorité de son père puis de son mari. En revanche, la veuve jouit, en théorie, de la plénitude de ses capacités juridiques, droit de vote exclu

1810 - Le code pénal qualifie l'adultère de délit. L’adultère du mari est puni d’une amende, celui de la femme d’une peine de prison (3 à 24 mois).

1816 - Restauration monarchique. Abolition du divorce.

1875 - la Constitution de la IIIe République confirme la privation de droits politiques pour les femmes.

1901 - première proposition de loi accordant le droit de vote aux femmes majeures, célibataires, veuves ou divorcées, mais pas aux femmes mariées (dont on ne pourrait être sûr qu'elle vote comme le voudrait leur mari).

1946 - le principe d'égalité des droits entre hommes et femmes est posé dans le préambule de la constitution.

1970 - La loi stipule que désormais « les deux époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille » : c'est la fin de la notion de « Chef de famille » et de l'autorité paternelle, remplacée par l'autorité parentale.

Source: Wikipédia

 

1.2. UN PHENOMENE QUI RESTE DIFFICILE A MESURER AUJOURD'HUI

 

          Comme le rappelle la définition donnée en préambule de cette partie, la violence conjugale se différencie de la plupart des autres formes de violence par le contexte dans lequel elle se déroule, qui est celui du couple : s’exerçant dans un cadre privé, elle est rarement visible et relève de l’intimité.

 

Une violence cachée

          L’absence de témoins et le fait que cette violence se déroule dans un lieu non seulement privé mais fermé, tenu à l’écart, la rendent le plus souvent invisible au monde extérieur. Au sein de la famille, les seuls témoins des agressions verbales et des coups sont le plus souvent des enfants, pour qui il est forcément difficile de parler. Ainsi, tant que la victime ne dénonce pas son agresseur, il n’y a aucune raison pour qu’il s’arrête. Et la plupart des témoignages recueillis auprès des femmes le confirment : une fois enclenché, le processus de la violence domestique ne s’arrête jamais de lui-même et le plus fréquemment, il s’accroit.

          En concentrant sa violence dans un lieu familier et privé (éliminant donc la présence de témoins) et sur une victime qu’il connaît, dont il partage le toit et l’existence, et donc sur qui il peut plus facilement faire pression et obtenir son silence, l’agresseur préserve cette violence des yeux d’une société qui la réprimerait, et donc la fait persister.

           D’autre part, cette violence est, dans la plupart des cas, répétée fréquemment. En effet, la victime vit avec son agresseur ; ce dernier a donc possibilité d’exercer des violences n’importe quand, et à n’importe quelle occasion.

 

Une violence dont il est difficile de parler

          Cette structure du couple, qui facilite et rend plus accessible la violence pour l’agresseur, rend également beaucoup plus difficile la situation pour la victime. A la différence des agressions commises dans la rue, la victime connaît ici son agresseur : il est son partenaire, elle vit avec lui parce qu’elle l’a choisi ; ce qui complique la dénonciation de ces violences. La victime peut éprouver en premier lieu de l’attachement pour son agresseur, puisqu’il est aussi son conjoint, et donc vouloir non seulement continuer sa vie avec lui, mais également le protéger, en ne l’exposant pas aux sanctions de la loi, donc en ne le dénonçant pas. Elle peut ressentir également de la culpabilité et de la honte par rapport à la violence dont elle est victime, qui trahit également l’échec de son couple.

           Cependant, la difficulté pour la victime de porter plainte ne relève pas toujours de son attachement pour l’agresseur ou de la culpabilité que sa situation peut lui inspirer. En effet, la dénonciation de la violence conjugale entraîne des conséquences immédiates sur la situation de la victime. Le départ du domicile conjugal peut entraîner de nombreux problèmes matériels : des problèmes de logement, des problèmes financiers (la victime peut dépendre financièrement de son agresseur), la question des enfants : en effet, une plainte pour violence conjugale entraîne la destruction de la structure familiale, mais surtout la victime peut craindre des représailles de l’agresseur sur les enfants du couple…

          La violence conjugale est donc une violence très difficile à prévenir et à limiter : non seulement elle est facilitée par une structure « idéale » pour l’agresseur, mais elle est aussi, pour la victime, très difficile à dénoncer.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. guillaume 09/07/2016

Il ne faut pas s'imaginer que seule la violence faite aux femmes existe, dans le cadre d'un divorce j'ai été frappé à plusieurs reprises par ma femme, lorsque j'ai osé porté plainte il l'on interrogée, et elle a déposé plainte contre moi, la dernière fois j'ai eu treize jours d'ITT, elle n'a même pas comparu, elle a présenté un ITT de trois jours, spécifiant une supposition d'entorse de l'index, et j'ai pris 2 mois avec sursis...
à force de victimiser la femme, on arrive à l'extrême ou seule elle peux être victime aux yeux de la justice.

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